Danse mon dragon

D’après Vole Mon Dragon d’Hervé Guibert, Les Nuits Fauves de Cyril Collard, La Nuit juste avant les forêts de B.M. Koltès, des extraits de leurs divers entretiens ou journaux, et des poèmes de Mano Solo.

distribution

Sous la direction de Virginie Lacroix

Avec les étudiants du cycle 3 du Conservatoire à Rayonnement Régional de Caen : Pauline Adeline, Océane Arsène, Vincent Bellée, Lauriane Cheval, Leo Dupont, Quentin Fleury, Zoé Gallon, Maxime Guicheteau, Coline Houlette, Jade le Quéré, Aurélia Legrand, Valentin Marie, Guillaume Rolland, Sophie Sélini, Lauretta Trefeu.

Des figures d’homme, de jeune homme, d’enfant et de femme se cherchent, se désirent, se violentent, se touchent, s’appellent, s’éloignent. De la douleur, avec ou sans amour, du grotesque aussi, une blessure sensible. Nous avons choisi Vole mon dragon d’Hervé Guibert pour structurer notre avancée sur le plateau dans cette traversée des années 80. Les étudiants sont partie prenante de l’ensemble du travail. Pour la plupart, c’est une découverte. Comme l’autre point commun de ces écrivains: le surgissement inédit du SIDA dans leur vie. Le sexe et la mort. Et comment cela a plus ou moins bouleversé leur geste d’écriture. Pour nous, tout en accueillant cette complexité, il s’agit d’embrasser avec vitalité cette furieuse envie de vivre et de créer malgré la mort imminente, de décaper notre regard des clichés transportés par la société, de dresser comme un tombeau léger pour ces héros de la vie brève.

VL

…Comme beaucoup de gens de la fin des années quatre-vingt j’ai cru que j’avais le sida. On est tous passé par là, hommes et femmes, straight ou pas straight, j’avais vingt ans et des raisons sérieuses de penser que je pouvais être atteinte. Je me suis jetée dans Guibert comme… comme dans une sorte d’allié. De frère. De frère de terreur.
C’était la terreur. Et en même temps un moment extrêmement important de nos vies en ces jeunes années quatre-vingt-dix.
Quand, poussée par des amis, je suis allée faire le test – il fallait attendre les résultats une semaine – et qu’il s’est révélé négatif, j’ai eu l’impression que ma vie m’était rendue. Et ça a été un énorme tournant. Je me suis mise à… à bouffer la vie, tout en restant assez mélancolique par ailleurs, mais avec le sentiment que la vie était précieuse, et que c’était tout ce que j’avais. Des banalités, bien sûr, mais qui sont ancrées dans le corps, qui sont vécues dans le sang.
…Guibert est un éternel jeune homme.
Qu’est-ce que c’est, un écrivain qui sait qu’il n’aura pas de vieillesse ? Quelqu’un qui accélère.
Il fait de l’intime le politique. Le sida est un paradigme, comme il l’écrit, qui lui permet de mettre en branle tout le fonctionnement de la société : l’aspect marchand, les laboratoires, le pouvoir médical, le regard sur le corps… Guibert est prêt à aborder ça, car il est déjà très politique dans sa vision du sexe. Il sait très bien qu’un couple qui fait l’amour, le politique se joue aussi là, dans ce couple-là, dans les gestes, dans les relations de pouvoir…

Marie Darrieussecq – Extrait d’un entretien avec Bruno Blanckeman- 2015