Cette histoire me rappelle Mousso Koura Rafant qui, chaque fois que tout le village dormait, allait se mettre sous l'arbre à palabres avec son N'goni. Solitairement, il jouait jusqu'à l'aube et il se trouvait toujours une poignée d'insomniaques pour prêter une oreille distraite puis attentive à ses poèmes ; et finir par y trouver refuge.
Ce récit inspiré du texte de Kafka est un rendez-vous pour égrainer l'Histoire. Et égrainer l'Histoire, c'est aussi m'appuyer sur le socle des valeurs qui fondent mon existence.
Ces valeurs, je les ai acquises grâce à mes prédécesseurs, ces grands hommes et femmes d'Afrique, vivants ou morts, à qui je rends hommage. Je ne les citerai pas car j'ignore certains.
Il y a ceux qui se sont illustrés à travers leur charisme, les autres par des actions posées et il y a ceux qui ont œuvré dans l'ombre. Tous ont tracé des signes qui demeurent à jamais sous l'arbre géant animé du feu de la parole. Au fond de la case, ils m'ont enseigné les valeurs d'intégrité, d'humanité et de respect de la vie...
Quitter la mort pour créer la vie.
Kafka nous le rappelle en ces termes : "... nous possédons des traditions ; le chant existait, des légendes en parlent et même des chansons ont été conservées mais personne ne sait plus chanter."
Faire revenir les aimés, les perdus, ceux qui ne reviendront pas.
Faire mourir de bon les fantômes de l'enfance.
Je veux rire, chanter, danser hurler et pleurer."
Ro Oua en tournée au Burkina Faso
Depuis 2003, Jean-Lambert-wild et moi avons réinterrogé le théâtre à travers des formes courtes pour aller hors les murs à la rencontre du public dans son lieu de vie.
Voici quelques-uns de ses spectacles :
«Nous verrons bien» Discours du chef Seattle
«Le roi Béhanzin» Un texte de Jean Pliya
«Ro-oua ou le peuple des rois» une adaptation de «Josephine la Cantatrice et le peuple des souris» de Kafka
Nous avons rencontré le public dans l'aire urbaine belfortaine avec le Granit et en Normandie avec la Comédie de Caen. Ce fut de vrais moments de discussion et de réflexion liés à la nature du spectacle.
La raison d'être de cette expérience n'a de sens pour moi que si le retour se fait avec le public africain.
En août-septembre 2008 dans le cadre du Festival Filbleu à Lomé, près de 2000 jeunes des Lycées et Collèges ont bénéficié du spectacle «Nous verrons bien».
Du 9 au 13 février 2010 à Bobo-Dioulasso plus de 500 jeunes des Lycées et Collèges ont pris part aux représentations de « Ro-Oua ou le peuple des rois».
L'accueil, l'engouement et la richesse des débats témoignent de la nécessité et l'impératif d'un tel projet. Ce fut des moments de bonheur et de plaisir pour la comédienne interprète que je suis.
Ils ont pris un immense plaisir à découvrir une forme qui leur est inconnue et une analyse juste et profonde qui parfois allait au-delà de la pensée de Kafka.
Les Auteurs choisis et les thématiques qu'ils abordent, reconnaissons-le , sont très riches. Ils abordent chacun des problématiques universelles qui s'inscrivent dans une dimension poétique et politique bien sûr qui touche tous les publics. C'est à cet endroit précis que le théâtre prend sens.
Représentations à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina du 09 au 13 février 2010, dans 4 établissements :
- le lycée Weezin Coulibaly (c'est le plus grand du Burkina). Une classe de terminal A, 85 élèves.
- le lycée municipal, classe de terminal littéraire. Deux classes l'une à la suite de l'autre : 75 à 80 élèves par classe.
- le collège Ste-Marie, établissement à caractère religieux, uniquement des filles, une terminale littéraire, 45 élèves.
- le lycée Renée Monori, classe de terminale littéraire, une centaine d'élèves et de professeurs.
- et une représentation au Centre Culturel Français, environ 150 personnes.
Le débat était d'un très bon niveau et un regard diversifié. Un public d'européen et de bobolais.
Très belles expériences, le CCF était très content de ce projet.