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De Pier Paolo Pasolini
Un spectacle de Jean Lambert-wild & Jean-Luc Therminarias
CRÉATION EN 2001
POUR MÉMOIRE
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De Pier Paolo Pasolini
Texte français Caroline Michel, Eugène Durif, Jean Lambert-wild
Avec Femme Mireille Herbstmeyer Homme Eric Houzelot Chœur Fille Nolwenn Le Du
Mise en scène Jean Lambert-wild Musique Jean-Luc Therminarias
Costumes Françoise Luro Costumière Céline Marin Maquilleuse Catherine Saint-Sever
Lumières Renaud Lagier Régisseur lumières David Marze
Régisseur général Franck Besson Chef constructeur Thierry Varenne Constructeur Elisabeth Buisson, Patrick Lerat, Marc Terrier Accessoiriste Thomas Jaeggi
Son Christophe Farion Interface sonore Laurent Pottier
Cellule technologique Université de Technologie Belfort-Montbéliard, laboratoire des systèmes et transports - groupe systèmes multi-agents Enseignants-chercheurs UTBM Abder Koukam, Alain-Jérome Fougères, Vincent Hilaire Élèves-ingénieurs UTBM Amine Bousta, Jean-Sébastien Chaise, Thomas Chazelle, Sophie Gegout, Nicolas Mathieu, Yannick Mettavant, Julien Piaser Ingénieurs électroniciens UTC Francisco Martinez, Jean-Jacques Vanhoutte Régisseur informatique du système Daedalus Stéphane Pelliccia Réalisation numérique Cécile Babiole Logiciel 3D temps réel interactif "AAASeed" Emmanuel Mâa Berriet
Conseiller Elie Schulman
Production déléguée Le Granit - Scène nationale de Belfort
Coproduction Coopérative 326, Le Granit - Scène nationale de Belfort, Théâtre national de la Colline, Scènes du Jura Lons-Dôle, Nouveau Théâtre de Besançon - CDN de Franche-Comté, Théâtre du Muselet - Scène nationale de Châlons-en-Champagne, Espace Jean-Legendre - Théâtre de Compiègne, Le Carreau - Scène nationale de Forbach, GMEM (Centre national de création musicale - Marseille), Université de Technologie Belfort-Montbéliard (UTBM) laboratoire des systèmes et transports
Avec le soutien de la DRAC Franche-Comté, du ministère de la Culture - Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, du Conseil régional de Franche-Comté, du Conseil général du Territoire de Belfort, de la Ville de Belfort, de Bonlieu - Scène nationale d'Annecy, de l'Association française d'Action artistique, de la Fondation Pier Paolo Pasolini, de LXSolutions, de La Graine
Pier Paolo Pasolini donne comme clef de sa production poétique l'expression : Ab gioia. Le rossignol qui chante ab gioia : de joie, par joie. Et c'est cette expression prise en dehors de toute détermination et explication culturelle que j'aimerais retrouver dans Orgia. Par sa structure et sa thématique, Orgia nous renvoie à la tragédie antique, mais aussi bien à la Divine Comédie de Dante ou aux gisants peints par Mantegna. Orgia est un chant mythologique. J'y entends la difficulté que l'être humain a à communiquer dès que la structure de communication dépasse la structure déterminée de sa pensée. Un élément m'a surpris à la première lecture du texte. Dans le premier Episode entre l'Homme et la Femme, une expression mise en majuscule revient constamment :
EPPURE NESSUNO PARLAVA / ET POURTANT PERSONNE NE PARLAIT.
Cette phrase, portée en avant, m'a permis de lire Orgia en évacuant toute l'emprise psychologique des personnages qui nuit à l'action vitale des mots. Quelle est donc la situation d'énonciation possible pour faire entendre ce Théâtre de Parole ? Il n'y a dans le texte aucune indication de décor. Tout lieu peut donc se prêter au rituel de la Parole, à condition toutefois, qu'il permette le rituel. J'ai découvert un lieu au travers du rêve. C'était un lieu d'Abîme où quelqu'un « prit ma main dans la sienne, d'un air joyeux qui me réconforta, il me fit pénétrer dans le monde du mystère. »(1) Un Homme perdu s'y enfonçait et dans sa chute, il était accompagné par des organismes primitifs et lumineux - Âmes mortes errantes et métamorphosées d'autres Hommes perdus. J'ai voulu que l'espace scénographique, par le biais du système Daedalus (2), retrouve ce lieu et cette idée d'enfoncement dont parle Dante. Ainsi les organismes artificiels que nous avons conçus sont les véhicules mystérieux d'une parole qui essaie de vaincre la malédiction de sa solitude en surmontant son incapacité à communiquer.
Jean Lambert-wild
1 - Extrait du Chant III de l'Enfer de la Divine Comédie de Dante
2 - Le système Daedalus est une interaction diffuse entre des comédiens et des organismes artificiels modélisés et conçus à partir d'algorithmes inspirés d'organismes vivants au fond des océans. Nous nommons ces organismes artificiels des Posydones. Ils sont divisés en deux espèces dotées de comportements spécifiques : les Apharias et les Hyssards. Pour mettre en place le système Daedalus, nous avons utilisé les techniques des systèmes multi-agents. Chaque Posydone est donc un agent, c'est-à-dire une entité qui évolue dans un environnement. Elle est capable de percevoir et d'agir dans cet environnement. Elle peut communiquer avec d'autres agents, et possède un comportement autonome. Par ailleurs les états physiologiques des comédiens sont enregistrés par un ensemble de capteurs dont les informations agissent sur le comportement des Posydones. La visualisation de ces organismes artificiels en 3D dans l'espace scénique est rendue possible par l'utilisation d'un moteur d'animation 3D temps réel (AAASeed) ainsi que par une illusion d'optique basée sur un phénomène de catoptrique.
Extraits de presse
"Trois acteurs interprètent Orgia, pièce de Pasolini que met en scène à Belfort Jean Lambert-wild. Mais ils ne sont pas seuls sur le plateau. Autour d'eux flottent par moments des êtres bizarres : les Apharias, qui évoluent en grappes, évoquent des bulles de savon; beaucoup plus volumineux, les Hyssards ont une forme nettement phallique. Ces créatures translucides, qui ne sont que des projections en trois dimensions, répondent au nom générique de Posydones et s'inspirent d'organismes vivant au fond des océans. Des capteurs, branchés sur la peau des comédiens, enregistrent les rythmes cardiaques et respiratoires, les variations de températures. Le comportement des Posydones, leurs mouvements, dépendent directement des émotions humaines. L'ensemble du système a été baptisé "Daedalus", en hommage non pas à l'Ulysse de Joyce mais à une corvette britannique - le HMS Daedalus - dont l'équipage affirma avoir observé, le 6 août 1848, un monstre marin." (René Solis, Libération, 9 février 2001)
"Etrange découverte à Belfort. Descente dans les profondeurs du théâtre. Dans les abysses, en ces lieux qui nour ramènent à l'origine, ou plus exactement son image. Ici la parole est pesée, pensée : chaque mot résonne d'une charge sans humaine limite. Il s'agit des mots de Pier Paolo Pasolini, Orgia, la première des six pièces qu'il a concédées au théâtre. La traduction est nouvelle (du metteur en scène lui-même, en association avec Caroline Michel et Eugène Durif). C'est l'excès qui parle dans chacun de ses mots. Jean Lambert-wild s'en empare comme par effraction. Loin du théâtre rebelle ou militant, nous sommes au plus près du commencement. En ces zones où l'humanité viendrait s'essayer à ses premières phrases. Scénario simplissime : un homme et une femme qui disent,très vite, dans une économie parfaite, tout le mal qu'ils "peuvent" se faire. Un oratorio pour se dire, pour nous dire toutes les formes, les tours et les détours du désir - on ne sait d'ailleurs pas s'ils se le portent, s'ils se l'interdisent. Ce qu'ils vivent est à la limite, quoi qu'il arrive à la limite. La proposition de scène met en jeu ce travail de la limite en confrontant les acteurs à eux-mêmes, par la médiation d'un appareil - comme un auxiliaire qui permet de se retrouver, malgré ou à travers les détours. Ici la machine capte les états et les sensations que vivent les acteurs en jouant. Par un système de capteurs directement installés sur la peau des comédiens, la "machinerie" enregistre et traduit ce qu'ils vivent sue scène. Cette traduction prend la forme (virtuelle, nous sommes au théâtre - et le plus ancien, paradoxalement) d'organismes primitifs que l'on trouve au fond des océans. De partout, dans cette mêlée de mots ritualisés, le théâtre devient l'étrange dialogue d'êtres qui ne peuvent se parler. Mais le théâtre vient, à ce moment précis, pour dire encore." (Bruno Tackels, Le Progrès, 4 juin 2001)
"Orgia est le résultat de la recherche que mènent ensemble Jean Lambert-wild et Jean-Luc Therminarias sur ce qu'ils appellent "les ondulations aléatoires d'émotion", c'est-à-dire la manière dont la parole et le son peuvent créer des états d'émotion très particuliers de façon aléatoire. Ici, les nouvelles technologies génèrent des chimères, de fluides ectoplasmes translucides qui s'exhalent de la bouche des personnages, de leur cerveau, en souffles et fantasmes. Propulsés dans l'air, ils modèlent un espace mental, réceptacle de la partition à deux voix qu'a écrite Pasolini : voix d'une femme et voix d'un homme hanté par la mort, le sexe, le désir ; l'un et l'autre crucifiés par leur incapacité à communiquer." (Sabrina Weldman, Mouvement, octobre-décembre 2001)
"Où l'on mesure, une fois encore, l'influence considérable de Claude Régy sur le théâtre d'aujourd'hui. Certains metteurs en scène le copient, croyant atteindre, avec une lenteur forcée des mouvements et des voix, les rives ultimes de la conscience où il nous mène. D'autres, plus rares, réinventent le chemin. Jean Lambert-wild est de ceux-là. Après Sénèque, Gombrowicz, Bond et Kafka, il aborde pour la première fois Pasolini [et] nous emmène dans cette zone archaïque où les mots ne sont que des sons." (Brigitte Salino, Le Monde, 20-21 janvier 2002)
"Théâtre où le verbe est en gloire, cette pièce de Pasolini, créée à Turin en 1968, dans le scandale et le tumulte, excède les conventions traditionnelles du théâtre. Elle exige l'emprunt d'autres voies, sous peine de voir sombrer l'attelage d'Eros et Thanatos dans la simple pornographie. (...) On peut ou non apprécier une œuvre habillée de poésie et de subversion et ruisselante de viols, d'incestes et de violence, mais on ne peut nier que le metteur en scène, usant des sciences et de la technique, en rhapsode la transmue en une superbe sonate de spectres." (Dominique Darzacq, Valeurs actuelles, janvier-février 2002)
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