CREATION EN JUILLET 2005 AU FESTIVAL D'AVIGNON
POUR MEMOIRE
Texte édité aux Solitaires Intempestifs
Les Xavante rappellent avec force la nécessité vitale d'une harmonie entre l'homme et le cosmos ; c'est le discours de Sereburã. Jean Lambert-wild et son équipe tentent dans un esprit de coopération et de réflexion d'inventer, d'expérimenter de nouvelles associations esthétiques, dont les connexions bouleverseront le cadre habituel des conventions de narration et de représentation ; c'est le rêve de Waëhipo Junior.
Lors de ses premières rencontres avec la communauté Xavante, il est progressivement apparu fondamental à Jean Lambert-wild de faire connaître et vivre les valeurs des Xavante en Occident ; de transmettre, dans une rencontre artistique commune et riche en confrontation poétique, ce que les Xavante rappellent : la mémoire d'une harmonie ancienne entre l'homme et le cosmos, le fait qu'il n'y a pas d'existence possible sans l'instauration d'un rapport vivant aux autres et au monde‚ un rapport de création et non de destruction.
Dans Mue, Jean Lambert-wild restitue leurs paroles.
Les hommes de vérité de Etênhiritipa
Les Xavante se nomment A'uwê Uptabi‚ ce qui signifie «peuple de vérité». Jusqu'à la moitié du XVIIe siècle‚ ils ont vécu dans l'état brésilien de Goias. Victimes des persécutions des premiers colonisateurs‚ ils sont partis pour un autre territoire en direction de Rios Tocantins‚ d'Araguaia et das Mortes jusqu'à ce qu'ils arrivent au territoire du Rio das Mortes‚ état actuel du Mato Grosso.
Ils parlent la langue A'uwê‚ appartenant au tronc Macro-Jê de la famille linguistique Jê‚ qui regroupe le plus grand nombre de peuples indiens‚ comme les Xerente‚ les Kaingang‚ les Xakriabá‚ et les Apinajé.
Actuellement‚ les Xavante vivent dans les réserves indiennes de Rio das Mortes‚ Areões‚ Parabubure‚ Marechal Rondon‚ São Marcos et Saugradouro. On compte près de 12 000 personnes réparties approximativement dans 86 villages.
Les villages Xavante sont toujours établis près d'une source d'eau ou d'une petite rivière. Les habitations ont leur porte tournée vers le centre d'un demi-cercle orienté lui-même vers la rivière.
À l'une des extrémités se trouve le Hö (maison des adolescents). Au centre du village‚ il y a un grand espace découvert‚ un Warã‚ où les hommes se réunissent. Et c'est ici que les grandes décisions sont prises‚ par le «Conseil des Anciens».
Pour la formation des jeunes‚ une attention particulière est donnée à la capacité de vaincre la fatigue‚ la souffrance‚ la douleur et la peur.
Depuis leur plus jeune âge‚ les garçons luttent les uns contre les autres pendant l'Oi'o. Dans cette lutte‚ les deux adversaires‚ des clans différents – Poreza'ono et Öwawê –‚ luttent armés de la racine de l'Oi'o‚ révélant ainsi leur caractère. Le vainqueur est celui qui résiste le plus à la douleur et ainsi obtient le respect de toute la communauté. Après le dernier combat‚ les garçons intègrent‚ avec un rituel‚ le Hö (maison des adolescents).
Le plus important des rituels Xavante est le Wai'á qui a lieu tous les 15 ans. C'est un rituel complexe‚ demandant plusieurs années de préparation‚ et seulement les hommes y participent.
C'est pourquoi tout ne peut être révélé.
Cristina Floria
La résonance du Warã
Le Warã est le conseil des anciens et des hommes adultes‚ signifiant aussi l'endroit‚ l'espace central du village.
Avant que les premiers rayons de soleil effleurent l'horizon les hommes sont appelés par un cri aigu pour qu'ils se réunissent au Warã.
Les hommes viennent et se mettent en cercle. Ce rituel a lieu tous les jours au lever et au coucher du soleil et il peut se prolonger dans la nuit.
Les hommes s'assoient toujours au même endroit‚ chacun des participants ayant une place définie. Le cercle central est occupé par les anciens‚ et les cercles suivants autour du cercle central sont occupés en fonction de la cérémonie d'entrée des hommes adultes au Warã.
Tout se discute dans le Warã‚ où toutes les décisions sont prises. Les anciens de deux clans‚ Poreza'ono et Öwawê‚ dirigent la réunion. Les Poreza'ono conduisent la discussion et le conseil‚ et les Öwawê répondent et complètent leurs pensées. Tout est discuté et résolu ici : les rituels‚ le quotidien‚ la chasse‚ les conflits‚ tout ce qui est important et qui a un rapport avec la communauté. Les Riteiwá – les initiés –‚ les Wapté – les jeunes – et les femmes n'ont pas le droit de participer au Warã. C'est le conseil des hommes adultes.
Quand un homme s'adresse au conseil‚ il se lève pour dire son discours. Son expression est très importante et doit représenter son groupe et non son individualité. Parfois‚ plusieurs personnes parlent en même temps‚ ceux qui participent ont la liberté d'interroger ou de compléter ce que dit l'orateur et de répondre aux questions qu'il pose. Et c'est ainsi qu'ils arrivent à un consensus.
L'important est la conclusion de la discussion au Warã‚ qui est toujours faite par le clan Poreza'ono‚ par l'ancien qui a initié le dialogue au conseil. Celui qui termine le Warã est toujours l'homme le plus important de la communauté‚ un ancien du clan Poreza'ono.
Cristina Floria