LES SPECTACLES JEUNE PUBLIC:
Écoles maternelles, primaires, centre de loisirs : 4€
Collégiens : 8€
Forfait famille (1 adulte accompagné d'1 enfant de moins de 15 ans) : 16€
À partir de 9 ans
d'August Strindberg
mise en scène et adaptation Eric de Dadelsen
texte français Tore Dahlström et André Ortais
avec Danièle Klein, Laure Saupique, Julien Chavrial, Olivier Hervéet, Frédéric Pichon, Yvon Poirrier, Mathieu Uhl
scénographie Jean-Pierre Gallet
costumes Alice Touvet et Marie-Violaine Monier
lumières Christophe Dubois
son Yannick Guillemette
marionnettes Olivier Thiébaut
construction décor Les Ateliers du Préau
création Théâtre du Préau, Centre Dramatique Régional de Vire
dans le cadre du Festival Les Boréales et en partenariat avec Le Théâtre du Préau, CDR de Vire
Le Voyage de Pierre l'Heureux date de 1881. Cette pièce, peu connue de Strindberg, s'inscrit dans une tradition d'écriture «féerique»pour le théâtre. La pérégrination de Pierre l'Heureux, inspirée du Peer Gynt de Ibsen, est un voyage initiatique dans le monde des hommes. Mais Strindberg ajoute au fantastique d'autres dimensions : politique, religieuse et morale.
Le regard que porte Strindberg sur le monde dans cette pièce, s'il est rempli de fantaisie, n'en annonce pas moins la férocité de son point de vue sur les mécanismes qui animent les êtres en société. Il présage des œuvres qui suivront, frappées au sceau d'un réalisme psychologique sans concession : Père, Créanciers ou Mademoiselle Julie… Dix ans plus tard, il écrira Les Clefs du ciel, une autre féerie à rebrousse-poil, comme pour conjurer sa jeunesse.
Pierre a quinze ans. Il est enfermé depuis son plus jeune âge dans la tour de l'église dont son père est le bedeau. Le vieil homme est misanthrope, pingre et s'il séquestre Pierre c'est pour le préserver de la noirceur du monde. Il y a là d'emblée une citation du jardin d'Eden qui va alimenter toute la pièce. L'accès interdit à la connaissance et à l'expérience, puis la transgression nécessaire et la fuite hors du jardin pour vivre la condition humaine terrestre.
L'influence nordique de Strindberg l'amène à faire aussi bien appel aux références du christianisme qu'à celles du panthéisme. C'est une sorte de troll et une fée qui décident d'envoyer Pierre dans le monde. Un anneau magique lui permettra d'obtenir tout ce qu'il désire et la fée lui donne une compagne de voyage pour le guider.
Par cet anneau, il fera l'expérience de la richesse, de la politique et du pouvoir. Mais à chaque fois, cela se retournera contre lui. C'est cette métaphore au cœur de l'œuvre qui m'a donné l'envie de la représenter aujourd'hui.
Claude Michel, psychologue, expliquait, lors d'un récent débat au Préau, le décalage malsain qu'il y avait de nos jours entre le temps incompressible de la formation d'un individu, disons une bonne vingtaine d'années pour le mener à l'âge adulte, et le mensonge de l'offre commerciale, notamment via les technologies nouvelles qui fait croire aux enfants et adolescents qu'ils peuvent tout obtenir tout de suite.
On mesure tous les jours à quel point cette pression d'un «sur-moi» extérieur à la construction familiale et institutionnelle de l'éducation sur les jeunes, cause des ravages en se jouant de leur innocence factuelle.
La question que pose Strindberg dans Pierre l'Heureux va plus loin. Quel usage l'homme est-il capable de faire de la connaissance à l'épreuve de la nécessité ? Quelle prise a l'homme sur sa destinée ? Le monde où il projette Pierre est cynique, vénal, hypocrite et vaniteux. Les embûches y sont nombreuses et remplacent bien vite le miroir aux alouettes qu'il imaginait du haut de son pigeonnier.
La quête de Pierre l'Heureux est évidemment aussi son combat contre son propre égoïsme, son narcissisme inné, pour tendre à découvrir en lui la compassion et l'amour de l'autre, nécessaire à la construction sociale.
«Que ton voyage t'instruise !» dit la fée. «Et quand tu reviendras, chanceux ou malchanceux, puissant ou humble, sot ou savant, riche ou pauvre, peu importe, tu seras au moins devenu un homme, un homme véritable !»
Le traitement
Nous sommes dans la tradition du théâtre populaire fantastique. Tout est permis, les objets comme les animaux parlent, les époques comme les cultures sont traversées comme par enchantement, les paysages et les climats se modifient sur un claquement de doigts. On sent bien que Strindberg a dans la tête tous les artifices de la machinerie du théâtre à l'italienne.
Pour autant, je souhaite restituer le parcours de Pierre l'Heureux avec légèreté, fluidité, voire une certaine dérision. Sept acteurs vont interpréter une trentaine de personnages et j'entends placer l'énergie et l'invention des acteurs au centre du travail. Je voudrais raconter cette histoire, riche de nombreux lieux, de temps différents, à partir de la troupe d'acteurs et du plateau d'où tout naîtra ou s'inventera.
C'est cette liberté, de l'espace ouvert du théâtre, le jaillissement des formes et des silhouettes qui me semblent le plus à même de favoriser le mouvement intemporel de ce voyage. C'est aussi la meilleure voie, je crois, pour pénétrer dans la fantasmagorie, c'est-à-dire faire naître d'un geste une chose et l'effacer aussi rapidement d'un autre geste, afin que la pensée avance plus vite que la forme. Que le théâtre, le conte et sa force d'évocation soient au cœur de la représentation.
Ce spectacle sera visible par des enfants : jouer Strindberg pour les enfants, cela peut surprendre, mais il y a dans l'œuvre cette qualité de fable universelle. Le mélange du fantastique et du politique met en lumière tous les possibles de nos destinées, vers le plus sordide ou vers le plus généreux.
Éric de Dadelsen
Contact spectacles jeune public :
Virginie Pencole au 02 31 46 27 31