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Enfouissement sous quelques extraits du Livre de Job pour voix, jongle, musique, SMS et nuée de sacs en plastique
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Dgiz, Jérôme Thomas, Martin Schwietzke
PRODUCTION 2008 DE LA COMEDIE DE CAEN AU REPERTOIRE
Au sein du texte, Job fait face à ses amis dont les questionnements exercent un regard critique sur sa situation et son histoire. Chaque soir, Job fera face à la communauté rassemblée au Théâtre. Le public convoqué constituera alors ses amis. Il s'agit d'offrir à cette communauté un espace d'écriture, un espace de mémoire, un espace critique qui dépasse, prolonge et perpétue l'espace de la convocation et de la représentation. Nos écrans de téléphone sont aujourd'hui saturés de messages vides de sens, sans mystère et sans utopie. Nous avons souhaité faire en sorte que ces espaces intimes deviennent des écrans de sens. Frédéric Révérend et Jean Lambert-wild ont mené un travail dramaturgique spécifique sur les discours des amis de Job pour établir une liste de messages reprenant les questions fondamentales du texte. Au cours de la représentation, ces questions sont envoyées par SMS aux spectateurs. Ils peuvent y répondre, les transmettre à d'autres personnes, ou simplement les conserver.
Retrouvez les réponses des spectateurs aux questions composées par Frédéric Révérend pour la séquence SMS du Malheur de Job en cliquant ici.
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Le Malheur de Job - Extrait sonore
Voix Dgiz Voix et électronique Stéphane Pelliccia Paillasse Jérome Thomas/Martin Schwietzke
Direction Jean Lambert-wild Musique Jean-Luc Therminarias Assistante Mnémographe Aurélia Marin Traduction et dramaturgie Frédéric Révérend Lumières Renaud Lagier Conseillers à la scénographie Franck Besson, Thierry Varenne Costumes Françoise Luro Conseiller des ombres et des mystères Benoît Monneret Régie générale de création Claire Séguin Régie générale Patrick Le Mercier Flying et illusions Christian Cècile, Marc Antoine Coucke Son Christophe Farion Programmation Léopold Frey Maquillage Catherine Saint Sever Décor et costumes réalisés par l'équipe de la Comédie de Caen sous la direction de Benoît Gondouin Constructeurs Patrick Lemercier, Bruno Banchereau, Patrick Demière, Gérard Lenoir, Hubert Rufin, Serge Tarral Réalisation des costumes Antoinette Magny Equipe lumière Thierry Sénéchal, Claudio Caudémo, Moeren Tesson
Production déléguée Comédie de Caen - Centre Dramatique National de Normandie
Coproduction Le Granit-Scène Nationale de Belfort, MC93 Bobigny-Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, Théâtre de l'Agora-Scène nationale d'Evry, La Halle aux Grains-Scène nationale de Blois, Théâtre de Cavaillon, Espace Jean Legendre-Scène conventionnée de Compiègne, Bonlieu-Scène nationale d'Annecy, Le Volcan-Scène nationale du Havre
À notre époque, on lit seulement des yeux, en se dispensant de prononcer les mots, pour ne pas gêner son voisin. À l'époque où fut composé Job, qu'on le murmure ou qu'on l'adresse, un texte n'était jamais lu sans être prononcé à voix haute. Comme si la voix était la seule à pouvoir donner lieu, corps, et existence au texte. Comme s'il fallait tremper le support sec dans la bouche pour faire lever le livre. J'aimerais pouvoir percevoir dans la voix qui incante, qui psalmodie, qui refuse, qui berce, qui jongle avec les strophes, encore d'autres voix venues d'ailleurs : celle d'un absent, d'un mort, d'un dieu, d'un auteur. Dans l'Antiquité, le texte n'était noté, gravé sur support sec, que pour en sécuriser, de temps à autre, le contenu. Chaque nouveau texte en compilait des précédents. On complétait, corrigeait, glosait, comme un musicien effectuant des «variations». Un discours sur tablettes de cire ou d'argile était long à graver, encombrant à manipuler. Les dernières recherches sur l'Art de la Mémoire dans l'Antiquité, montrent que le principal support des livres était, en fait, la mémoire personnelle du récitant, utilisée, non seulement comme espace de stockage et de codage, mais surtout comme outil de la composition elle-même. Le récitant-chanteur devait savoir par coeur de longs textes. De même l'assistance voulait, même en se taisant, pouvoir retenir des formules, des images fortes, des bribes de récit. Aussi les auteurs maniaient-ils les outils de la répétition, la scansion, la rupture, l'inversion, l'affirmation et la négation, la rime, et aussi la fragmentation, le choc des mots et des images... C'est avec cet outillage que l'auteur de Job a rêvé d'une machine à saisir le problème du malheur, à l'obliger à se déplier et se déployer. Je rêve d'une recomposition de ce Job, qui serait remastiquation par la mémoire autant que par la bouche : Retrouver le mouvement organique du texte, les pauses de son souffle, ses répétitions et ses contradictions, la résistance de sa matière, la consistance de ses images ; tenter de respirer dans le souffle de l'original hébreu ; danser un contrepoint de son rythme singulier. Ce serait l'art d'une psalmodie à reconstruire, à inventer, avec d'autres instruments, mais aussi courants pour nous que la harpe ou les trompes l'étaient pour les auteurs antiques. Trouver comment saisir à corps ce texte-Job, tel quel, rétif à nos présupposés, pour que les gens puissent venir le voir se révéler dans toute sa musique. Frédéric Révérend La technologie, espèce dépendante du corps humain, connaît des mutations et des évolutions dont les figures précèdent et organisent les formes des mutations et des évolutions de son hôte. Chaque jour désormais, et cela au prix de sa propre descendance à qui elle nuit sciemment, notre humanité est contrainte ou se contraint à des transformations pour garantir l'énergie suffisante à la nouvelle mise à jour hypnotique et technique du monde. Rejetés à l'extérieur de notre corps, écartés de nous, nous avons perdu les signes de notre identification. Chacun enfermé chez lui affronte cette nouvelle solitude qui, dans un geste de désespoir, sature les ondes et les canaux d'appels de détresse. Humains bafoués et épouvantés sans interlocuteur consacré, nos cris, en nuée, s'accumulent, meurent, et nous ensevelissent. Où demain pourrons-nous pleurer épiderme contre épiderme ? Ou nous rassemblerons-nous pour exulter notre effroi et échanger nos joies ? Comment nous réconforterons-nous ? À qui rapporterons-nous les mots de l'opprimé ? Qui sera l'auditeur du souffle des hommes ? L'art sera-t-il notre messager ? Mille questions pour un même malheur et peut-être plus aucun dieu pour y répondre ; ou fol espoir, la voix d'un homme mécaniquement amplifiée par la voix d'autres hommes qui rient au travers des machines. Jean Lambert-wild
Liens
Extraits de presse
"En tout cas, Jean Lambert-wild et ses complices auront réussi leur pari, avec des moyens limités, de concevoir un spectacle qui participe à la fois du théâtre et de la performance plastique, où il y a une volonté de faire sens - ce qui n'est pas si fréquent - pour dire le rapport de l'homme au quotidien." (Philippe du Vignal, L'Humanité, 2 février 2008)
"Le metteur en scène Jean Lambert-wild et le rappeur Dgiz adaptent un texte de la Bible. Ne croyez pas que vous allez écouter la Bible, avec Le Malheur de Job, présenté à la MC93 de Bobigny. Vous en entendrez bien quelques extraits, mais malaxés, rappés, slamés, jonglés et musiqués, dans un spectacle à la fois déroutant et enthousiasmant." (Brigitte Salino, LeMonde, 18 mars 2008)
"Directeur depuis dix-huit mois de la Comédie de Caen, Jean Lambert-wild signe, sinon sa pièce la plus fouillée, du moins la plus accessible et aboutie." (René Solis, Libération, 19 mars 2008)
"(...) transcendance et immanence, poids et apesanteur, fatalité et liberté dialoguent dans un spectacle total, fascinant d'intelligence et de beauté" (Catherine Robert, La Terrasse, mars 2008)
"Qu'on ne s'attende pas pourtant à l'évocation en termes savants de terribles apories, ni de la laborieuse reprise des arides hypothèses de la théodicée leibnitzienne." (Yolan Simon, ruedutuheatre.info, 25 janvier 2008)
"S'il est un texte qui convient au théâtre, c'est bien Job, livre biblique sulfureux construit comme un procès. Jean Lambert-wild, directeur de la Comédie de Caen, nous en offre une actualisation âpre, aux échos d'une troublante modernité." (Olivier Pradel, lestroiscoups.com, 19 mars 2008)
"Jean Lambert-wild révolutionne décidément régulièrement nos idées sur le théâtre, paradoxalement en nous plongeant sans crier gare dans ses racines." (Victoire Delisle, fragil.org, 20 mars 2008)
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