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Ainsi parlait Isidore Ducasse
Comédie de Caen Théâtre des Cordes

Du lundi 6 au vendredi 24 octobre
Spectacle à 20h30 sauf les mercredis et jeudis à 19h30.

C'est en se promenant aux alentours de la Comédie Française, merveille d'élégance historique aux portes des jardins du Palais Royal, que Matthias Langhoff se souvint des Chants de Maldoror, première œuvre connue d'Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont.

Immense cri de révolte, monologue d'un poète de l'égarement. Dérive hallucinée au long des mystères de Paris, de ses rues, ses secrets, ses monuments, son histoire, dont l'écriture extravagante, l'humour glacé ont envoûté les surréalistes. C'est, écrivait André Breton, "l'explosion volcanique de nappes souterraines incandescentes". Rien d'étonnant à ce que Matthias Langhoff, grand observateur des mondes ravagés et des êtres saccagés par les chaos de l'Histoire, se sente frère de cet homme, comme lui né en exil. Mais pour quelles raisons se sentir happé par le désordre, dans un paysage aussi harmonieux, devant un théâtre symbolisant la pérennité souveraine de la culture française ?
Parce que là, chaque soir, sous les arcades centenaires, contre les grilles des jardins paisibles, comme d'ailleurs dans tout endroit quelque peu abrité de Paris, se réfugient des SDF. Et que le contraste est brûlant entre magnificences du passé et réalité présente.
L'Histoire ne nous lâche jamais, ici comme ailleurs.

Matthias Langhoff se souvient d'une conférence donnée dans un musée de Berlin, où est projeté en continu le film de la capitulation allemande, l'arrivée d'Eisenhower avec les Alliés, à la table où ils se sont assis face aux généraux vaincus. Et ainsi, en boucle, pendant tout le temps où il a parlé de théâtre, l'a poursuivi – et le poursuit encore – cet instant de défaite, mais qui a permis à ses parents – un père communiste, une mère juive – réfugiés à Zurich, de revenir dans leur ville.

Isidore Ducasse, lui, est né à Montevideo. Arrivé à Paris, il a habité non loin de la Comédie Française, rue Notre-Dame-des-Victoires, puis rue Vivienne. Il est mort à vingt-quatre ans rue du Faubourg-Montmartre, presque anonymement, sans que l'on sache pourquoi, ni que l'on s'en inquiète. Il a rôdé à la découverte de la ville, de ses splendeurs et misères. Sa propre souffrance s'est nourrie de ce monde dont il recevait en lui les violences et folies qui courent au long de son œuvre. "Je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté."

Avec une caméra, Matthias Langhoff est parti sur ses traces, a filmé les rues d'aujourd'hui, s'est laissé guider par les traces des blessures de l'Histoire –l'Histoire, toujours – par les mots et délire du poète qui disent sa "guerre frénétique contre Dieu et l'Homme".
Alors, cette ville de rêve noir, paysage en perpétuelle métamorphose, soudain familier, soudain cauchemardesque, défile sur un écran derrière lequel vivent, étonnamment charnels, un homme et une femme, couple en attente d'amour, et qui se détruit. L'un par l'autre et chacun pour soi. Plus une créature aux ailes blanches qui les regarde et commente, et parfois les guide. Ils vont ils viennent dans un décor, ou plutôt un tableau d'une étrange beauté, somptueusement bricolé. On retrouve quelque chose du bric-à-brac déglingué où la Merteuil et le Valmont revus par Heiner Müller pour Quartett – que Matthias Langhoff a présenté en 2006 au Conservatoire national pour le Théâtre de la Ville –, derniers survivants sur terre, tentaient de se reconnaître, de retrouver leurs racines, d'aimer une fois encore. La dernière.

Comme eux, jusqu'au bout de ses forces et de ses rêves, de sa brève existence et de sa souffrance, jusqu'au bout de son génie Isidore Ducasse a lutté contre la résignation, contre la mort.

"J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice."
Matthias Langhoff l'a entendu.

Colette Godard

Brochure de saison 2008/2009 du Théâtre de la Ville
Distribution
D'après Les Chants de Maldoror d'Isidore Ducasse, comte de Lautréamont

Montage, mise en scène, décor et film Matthias Langhoff
Avec Anne-Lise Heimburger, Frédérique Loliée, André Wilms
Peinture Catherine Rankel, Matthieu Lemarié
Costumes Catherine Rankl, Corinne Fischer
Lumière Frédéric Duplessier
Assisté de Eric Marynower
Son Brice Cannavo
Assistants à la mise en scène Hélène Bensoussan, Caspar Langhoff
Construction décors Pierre Meine, Peter Wilkinson, l'Atelier de la Comédie de Caen
Régie générale Peter Wilkinson
Administration, production Véronique Appel Dakuyo

Une production de la Compagnie Rumpelpumpel
En coproduction avec la MC2 Grenoble, la Comédie de Caen, le Théâtre de la Ville
Avec le soutien du Ministère de la Culture, du Théâtre de l'Aquarium
Et la participation artistique du Jeune Théâtre National

Autour du spectacle
Atelier Jeu journalistique
Vendredi 10 et samedi 11 octobre 2008

Animé par Jean-Pierre Han, journaliste de théâtre, directeur du syndicat professionnel de la critique, rédacteur en chef de Frictions théâtres-écritures, rédacteur en chef du Carneum.
Il s'agira toujours d'un travail d'argumentation et d'écriture à partir d'un spectacle et qui se déroulera sur la même base que l'année passée :
• Jean-Pierre Han intervient et pose les règles du jeu. Il commande le texte critique.
• Les participants assistent au spectacle.
• Ils rédigent chez eux leur critique.
• Ils travaillent ensemble sur les textes produits (critique de la critique).
• L'atelier peut éventuellement se clore par une discussion avec le metteur en scène et/ou l'auteur.

Pour tous renseignements et inscriptions, contactez Virginie Pencole au 02 31 46 27 31 ou par mail.



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