Tournée 2011-2012 (en cours)
«Je veux simplement en finir avec le commerce de la folie
De la sottise
De la bêtise
De la noirceur des hommes.»
Michel Onfray, Le Recours aux forêts
Quatre récitants font entendre en chœur la musique des mots et les accents de la colère. Mais une colère froide qui décline, dans une tonalité sépulcrale, toutes les horreurs d'un monde où se déchaîne la fureur des hommes. Implacable litanie. Sobre et cruelle évocation de massacres généralisés, de génocides bureaucratisés, d'exécutions organisées comme des spectacles, de tueries déchaînées pas de troubles prédicateurs semant la haine et la peur. Inutile de chercher longtemps les responsables de ce bilan accablant. Ils sont de tous les temps, exercent partout leurs sinistres talents. Ils sont prêtres ou magistrats, soldats ou banquiers, exécuteurs des basses œuvres de l'Histoire, fossoyeurs de ses illusions et pourvoyeurs de ses charniers. Mais, au-delà des êtres humains, Michel Onfray dénonce aussi, avec une désespérante lucidité, les religions perverties, les révolutions trahies, les idéaux discrédités, les idéologies subverties, les utopies dévoyées. Comment dès lors ne pas conclure comme Diogène que le chien vaut mieux que l'homme ?
Reste la tentation de Démocrite ou si l'on veut le recours aux forêts afin d'échapper à cet univers immonde et corrompu. Dans la deuxième partie du spectacle, les récitants nous disent les petits bonheurs de ce sage anachorète retiré du monde et vivant dans la douce compagnie des pigeons, des hirondelles, des «coassements des grenouilles, des rires flûtés des crapauds». Chantre d'une sorte d'hédonisme primitif et naïf, Michel Onfray nous incite à retrouver les joies simples d'une nature complice : le goût des mûres sur les chemins de nos enfances, le bouton d'or placé sous le menton d'une femme en robe d'été.
L'Agreste
J'irai, teinté de bleu, imiter le sanglier dans la Forêt.
J'irai, grognant de joie, curer ma peau au regros des chênes.
Mes mains en bec d'oiseau chanteront les gloires de tous mes pas perdus où s'escopaient mes rêves étourdis au roulis d'un berceau.
Élevé au mariage de la mort, tore marquant la place de mes ancêtres, je tiendrai haut ma tête pour irriter les rochers, baguant ma peur de ne pas pouvoir leur ressembler.
L'exil me rendra le bryon de mes yeux, une pupille en île qui se soulage du temps en tournant sur elle-même.
Mes rires seront les tombelles de mes nuits.
Ample à nouveau, mon souffle retrouvera l'usage de ses langues : langue du sein, langue du sang, langue des songes. Trois sœurs étrangères en conversation qui fixeront les frontières du corps de mon exil.
J'irai dans la Forêt, car est dérisoire une vie qui tourne le dos aux portes et aux miroirs.
J'irai dans la Forêt, car est dérisoire une vie rendue meurtrière par l'aporie d'un monde qui maudit la vie.
J'irai dans la Forêt, vivre sans fin, ces aurores qui sont toujours des prouesses.
Jean Lambert-wild